Beaucoup d’appartements loués en courte durée en Suisse se trouvent dans un immeuble en propriété par étages (PPE). C’est aussi l’endroit où le propriétaire découvre souvent, après achat, qu’un document qu’il n’a pas lu — le règlement d’administration et d’utilisation (RAU) — peut interdire — ou au contraire autoriser — ce qu’il compte faire de son lot.

Ce guide répond à la question que tous se posent : ai-je le droit de louer mon appartement en PPE en courte durée, et le syndic ou l’assemblée peuvent-ils l’interdire ? La réponse tient en un principe et en une limite.

À retenir : par défaut, un copropriétaire d’un appartement en PPE est libre d’utiliser son lot comme il l’entend — le louer, le prêter, le vendre — sans demander l’accord des autres copropriétaires. Mais la copropriété peut valablement restreindre ou interdire la location courte durée via son règlement d’administration et d’utilisation (RAU), adopté en assemblée à la double majorité. Le Tribunal fédéral a confirmé cette possibilité (TF 5A_436/2018, 4 avril 2019) : une clause limitant la location aux baux de longue durée a été jugée valable.

⚠️ Ceci est une information générale, pas un avis juridique. La validité d’une restriction s’évalue au cas par cas, selon votre RAU, l’acte constitutif et la situation de l’immeuble. En cas de litige, consultez un avocat spécialisé en copropriété ou votre syndic.

En bref : un copropriétaire peut louer son lot en courte durée sans accord de la copropriété tant que le RAU ne l’interdit pas. Si le RAU (ou une décision d’assemblée adoptée à la double majorité) restreint la location courte durée, ce n’est pas automatiquement illégal — le Tribunal fédéral a validé une telle clause en 2019.

La règle de base : chaque copropriétaire peut utiliser son lot librement

C’est l’essence même de la propriété par étages : le copropriétaire est libre d’utiliser son lot comme il l’entend — le louer, le prêter, le vendre — sans avoir à demander l’accord des autres copropriétaires. Ce principe, posé par les articles 712a et suivants du Code civil suisse (CC), signifie qu’en l’absence de règle contraire, mettre son appartement sur Airbnb ou Booking ne requiert aucune autorisation de la copropriété.

Ce droit d’usage exclusif n’est toutefois pas sans limite. Il est restreint par les règles légales de la PPE — notamment la destination de l’immeuble et l’usage des parties communes — et par le règlement de la copropriété. Autrement dit : la liberté par défaut existe, mais elle peut être encadrée.

Chalets en bois sur une colline boisée en Suisse

Photo: Jérôme Bon, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Le règlement d’administration et d’utilisation (RAU) peut restreindre

La copropriété peut prévoir des règles pour éviter les abus ou les dérangements. Ces règles figurent dans le règlement d’administration et d’utilisation (RAU) — le document qui organise la vie de l’immeuble — et, en amont, dans l’acte constitutif de la PPE (le document qui définit la destination des lots, par exemple « habitation »).

Une question classique est de savoir si la copropriété peut, dans le RAU, interdire les locations de courte durée. Le point délicat : une telle clause touche au droit d’usage exclusif du copropriétaire. La jurisprudence a apporté une réponse nuancée.

Ce que dit le Tribunal fédéral (TF 5A_436/2018)

Dans une affaire jugée le 4 avril 2019 (TF 5A_436/2018), le Tribunal fédéral a été saisi d’un immeuble résidentiel haut de gamme de 26 appartements à Nidwald, avec piscine, sauna et salle de fitness réservés aux habitants. L’acte constitutif destinait les lots à l’habitation. Le RAU avait été complété, en assemblée, par une clause : « la location d’appartements de manière irrégulière, à la journée, à la semaine ou au mois n’est pas autorisée. Seule est autorisée la location à long terme ».

Un copropriétaire qui louait régulièrement son appartement sur Airbnb a contesté cette clause jusqu’au Tribunal fédéral, invoquant une restriction grave de son droit d’usage exclusif. La Haute Cour lui a donné tort, en plusieurs étapes :

Immeuble résidentiel géré en courte durée

Leçon clé : une clause de RAU qui interdit la location en courte durée n’est pas automatiquement illégale. Sa validité dépend du type d’immeuble, de l’usage effectif des lots et des règles du document. À l’inverse, un règlement muet sur la question laisse la liberté par défaut au copropriétaire.

Comment la copropriété peut interdire : la double majorité

Pour ajouter ou modifier une telle clause dans le RAU, l’assemblée des copropriétaires doit voter dans le respect des majorités prévues par le règlement — en principe à la double majorité : la majorité des copropriétaires et la majorité des valeurs (quotes-parts) de la copropriété. Ce n’est pas une décision prise à la légère : elle doit être formellement inscrite au procès-verbal et, le cas échéant, notifiée.

Concrètement, si vous envisagez la courte durée :

Ce que doit vérifier un propriétaire avant de louer

Locataire ou propriétaire : des règles différentes, et le cadre communal

À ne pas confondre avec la situation du locataire : un locataire doit, lui, obtenir l’accord de son bailleur pour sous-louer, même en courte durée (art. 262 du Code des obligations). Le propriétaire d’un lot en PPE n’a pas cette obligation — sauf disposition contraire du RAU ou de la loi.

Enfin, la PPE ne remplace jamais la réglementation publique : quelle que soit la liberté que vous concède le règlement de votre immeuble, la commune reste souveraine (enregistrement, taxe de séjour), et le canton peut imposer des limites — Genève plafonne par exemple la mise à disposition touristique à trois mois par an. Voir notre guide d’inscription, notre guide fiscal et TVA et le cadre résidence principale / secondaire.

Immeuble d'habitation en Suisse, du type loué en courte durée

Photo: Andreas59Mathys, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

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Bahram Khanlarov
Bahram Khanlarov

10 ans d'expérience dans l'hôtellerie. BBA Hospitalité (Glion), MSc Tourisme (FHGR), MSc Data Science (HSLU).

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Questions fréquentes

Faut-il l’accord de la copropriété pour louer son lot en courte durée ?

Non, par défaut. Un copropriétaire peut utiliser, louer ou prêter son lot sans l’accord des autres, tant que le règlement d’administration et d’utilisation (RAU) ne l’interdit pas. C’est l’essence de la propriété par étages.

Une copropriété peut-elle interdire Airbnb ?

Oui. La copropriété peut, par son RAU adopté en assemblée (en principe à la double majorité), restreindre ou interdire les locations de courte durée. Le Tribunal fédéral a validé une telle clause en 2019 (TF 5A_436/2018), dans un immeuble résidentiel de standing.

Mon RAU est muet sur la courte durée : puis-je louer ?

Oui, par défaut — la liberté d’utiliser son lot prévaut sans clause contraire. Restez prudent : un copropriétaire peut demander l’inscription d’une clause restrictive à l’ordre du jour, et une exploitation trop intense peut être jugée contraire à la destination « habitation ». Limitez durée et nuisances.

La copropriété doit-elle donner son accord au propriétaire comme au locataire ?

Non. Le propriétaire d’un lot n’a pas à obtenir l’accord de la copropriété pour louer en courte durée (sauf clause contraire), alors que le locataire doit obtenir l’accord de son bailleur pour sous-louer même brièvement (CO art. 262).

La copropriété dispense-t-elle des règles de la commune ?

Non. La réglementation communale et cantonale s’applique en plus : enregistrement et taxe de séjour (Vaud/Montreux), annonce (Valais), et limites cantonales (ex. Genève : maximum trois mois par an). La PPE ne remplace jamais ces obligations.

Sources

Où dormir

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